A toi, le Syrien de Palmyre…

Aucun policier jamais n’arrêtera ton chagrin d’avoir quitté ta ville, ton soleil, ton cimetière, d’avoir pensé que là-bas, au pays de Voltaire, ils étaient si nombreux à s’enfermer chez eux.

Les portes de l’enfer, tu les a déjà vues,
Approché de si près que tes nuits sont sans fin,
Que lorsque tu te lèves de n’avoir pas dormi,
tu lis dans les éclats d’obus la noirceur de tes rêves.

Quelle main tendue, quel auvergnat au grand cœur
Te donnera la chance d’oublier ton désastre
De garder en mémoire au plus profond de toi
La douceur de tes ifs,
Le parfum d’une olive,
La morsure d’un citron
Les complaintes de ta mère penchée sur ton berceau.

De ta mère il ne reste qu’un foulard suspendu
Aux barbelés bulgares érigés contre vous
Vous l’armée sans défense sans violence et fragile
Des réfugiés cherchant un improbable toit.

Aujourd’hui, ce sont les douaniers qui te hurlent
Quand tu viens secouer le repos des vivants
De l’Europe vieillissante au cœur sec
Et de ses chefs repus de leur propre suffisance.

Aujourd’hui c’est Calais demain ça sera chez moi
Que tes larmes couleront dans le jardin de nos peurs
Peur que tu viennes manger toutes nos certitudes
D’être les rois du monde qui décident de tout.

Mais comment oublier ce que tes ancêtres ont bâti,
Que Damas est la plus vieille ville du monde,
Que ton pays domina l’Espagne et tant de pays
Que c’est à Palmyre, chez toi, que reposent
Toutes les sagesses du monde.

Tu n’es ni une statistique, ni un quota,
Tu es père de famille fait de chair et de rêves,
Et je te tends ma main comme j’attends la tienne
Pour sécher avec toi le chagrin de tes fils.

ALAIN

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